lundi 25 juillet 2011

Le guide de l'été pour (re)garder la Ligue



Bon ça y est, ça vient, ça monte, ça approche…les juilletistes se sont mangé 3 semaines de flotte, les « supporters » de Marseille et Bordeaux se sont déjà mis une dose sur la rocade de Bayonne, « le Foot » et « Transferts Mag » nous ont encore donné des barres de rire en kiosques (« Chamakh à Martigues, Inzaghi à Evian c’est fait !!!! ») Canal + a déjà sorti ses teasers qui n’auront jamais la force délicieuse de celui-ci



et après un été 2010 marqué par les 25 papiers consécutifs de Raphael Raymond dans l'Equipe sur le mercato raté de l’OM (pas faux, avec le recul) cette année c’est le PSG qui a rythmé quotidiennement les pages foot du quotidien, avec « Leonardo vient », « vient pas », « parti pour rester », « ne laisse pas insensible », ou autres « Leonardo font du ski ». Bref, vous l’aurez compris, la L1 fait sa reprise dans moins de deux semaines, et je ressuscite ce blog pour en redevenir le thuriféraire de mauvaise foi.

Bien sûr je connais (et suis d’accord avec la plupart) des griefs faits à notre bon vieux championnat : spectateurs et festivité tribunicienne en baisse – et ça va pas s’arranger avec les corons de l’ami @AntoineMaes renvoyés à la mine du niveau inférieur – déchet technique, ennui, défense et physique à tous crins, « clasicos » et « olympicos » montés en épingle et je n’enfourche même pas ici le cheval populiste de la fiscalité. Seul le suspense parait intact chez nous pour le titre, à la différence par exemple d’un championnat espagnol supérieur en qualité mais limite grotesque quant à son dénouement, autant faire un championnat à deux équipes avec Valence qui croque les miettes.

Mais bon tant qu’il y aura des cotes et match, des gens bourrés le samedi qui regarderont les résultats (de la semaine précédente) sur leur smartphone, et des potes OK pour se la coller avec une pizza et 4 teilles de rouquin un soir de Marseille-PSG, on continuera de suivre tout ça avec le sourire et de partir travailler en sifflotant…

Alors comme c’est l’été, que les gens préfèrent traditionnellement faire des sudoku et draguer en boite plutôt que de lire des Pléiades, on va se faire un guide-programme-pronos en 4 parties, bien comme il faut, pas fatigant :

OK, podium ?

Pas spécialement fan du PSG, élevé en bon supporter bastiais dans la méfiance et la détestation de Paris, Nice, ou Guingamp avec sa tribune en terre, je dois reconnaitre avoir comme beaucoup d’avantage pris mon pied au Parc la saison passée que lors des cinq années précédentes, maudissant toutefois l’occasion manquée d’aller mater la C1 tranquilou à 3 km du boulot. Et depuis que nos amis Qataris sont arrivés juste à temps pour racheter le club, la diffusion télé, et le sourire des dirigeants de la Ligue, on ne compte plus les faux-culs sympathiques qui hurlaient contre la Coupe du Monde 2022 à Doha, pour des raisons ETHIQUES et droitsdel’hommistes, ravis aujourd’hui de voir leur équipe faire trembler le marché estival avec un paquet de blé frais…Et j’avoue moi-même attendre avec impatience de voir comment un attelage de nouveaux composé par Menez, Matuidi, Bisevac, Gameiro ou Douchez, à savoir beaucoup de talent au cm², s’intègrera au groupe performant les trois quarts de la saison dernière, avec mon chouchou Bodmer, Hoarau, Bahebeck et les autres qu’on espère en pleine bourre.
Classement final : 3e parce que bon c’est Paris quand même, pas trop, trop haut, tout de suite, faut pas déconner.

Et si, enfin, cette saison 2011-2012 était celle du Stade Rennais, qui pleure toujours ses 4e places de 2005 et 2007, la faute à des fins de saison proches du crash du Hindenburg en 1937 ? Cet été, le groupe emmené par my man et voisin de village Fredo Antonetti n’a pas beaucoup bougé, perdant seulement Marveaux, peu vu l’an passé, Leroy et Douchez, et récupérant au passage l’excellent technicien de Nancy Julien Féret. Autrement dit, si l’attaque tourne bien, si M’Vila continue à marcher sur tout le monde avant l’Euro, si Dalmat évite le pire, et surtout si on serre les fesses en fin de match à partir du mois de mars, ça devrait passer

Classement final : 2e (évidemment @JMPottier et les autres vous pourrez me fouetter jusqu’au sang si tout ça foire).




Avec sa préparation (presque) discrète, l’Olympique de Marseille peut-il à nouveau aller chercher le titre en mai prochain ? Après tout, malgré un jeu souvent poussif et face à des Lillois régulièrement imbattables, l’OM a terminé deuxième, à son juste niveau, encore grâce à une phase retour pleinement maîtrisée, qui au passage aura révélé les frères Ayew un peu plus et réveillé Loic Remy. Pour cette saison, vraisemblablement celle des « dernières » en France (Ayew bros, Mandanda, Deschamps, Valbuena) on est ravi de constater que l’effectif n’a que peu bougé, que Diarra, Amalfitano et Morel si ça craque pas au Vélodrome c’est solide et propre sur le papier, que le petit Gadi affole déjà les grosses écuries en Europe, reste l’énigme Gignac qui devrait finir entre la rédemption et le clash du mercato d’hiver qui l’enverrait à Malaga pour 9 patates…
Classement final : premier

L’élargissement européen

Pour les chapitres suivants, on va faire du pêle-mêle. S’il fallait attribuer dès maintenant les places 4 à 7 (en gros), j’y verserai Lille, Lyon, Ajaccio et Montpellier. Je risque de regretter le choix du LOSC, qui pourrait finir plus haut si jamais il conserve Hazard dans ses rangs, mais on a vu ces dernières années qu’un champion de France ne l’est jamais deux fois de suite, le départ de Rami, Cabaye et Gervinho (voire Frau) risque de se voir, en tous cas au début, dans un collectif qui avait atteint un tel niveau, ensemble justement. Même si le club de Rudi a recruté intelligent, avec du jeune feu d’artifice et paillettes, et du routier sobre et métronomique (Pedret’).
Classement final : 5e, même si les Dogues ne méritaient Basa…

On sera beaucoup à se frotter les mains, ensuite, lorsque Lyon chutera enfin de son marche-pied européen pour récupérer une Europa League qui lui apportera ce sursaut d’humilité, même si on souhaite au classieux Rémi Garde de bosser dans des conditions moins délétères que son prédécesseur. Hormis son arrivée, pas de gros souk (terme déposé par Mickael L.) sur le marché estival côté Tora Vologe, et surtout – très étonnant à cette période de l’année – absolument AUCUNE arrivée, sans compter les cas en suspens (Briand, Cissokho, etc) ou l’inquiétude souvent provoquée par Cris en sentinelle…Et là encore, remplacer Toulalan et le sublime « chelito » Delgado, ça se fera pas du jour au lendemain.
Classement final : 4e parce que Lisandro-Gomis-Kallstrom.

Quant à nos amis Ajacciens et Montpeliérains, d’une part il faut bien être un peu chauvin et remarquer que chaque année un promu nous surprend agréablement (et très franchement j’en ai pas grand-chose à faire de Dijon) surtout avec un gardien mexicain chevelu et presque convaincu de dopage, amusement exotique de saison, et d’autre part le groupe de René Girard, sorte de Bastia 2.0 avec les rouges de Jeunechamp, les tampons au genou d’entrée de match, Giroud en Drobnjak des années crise, et ces foux furieux de la Butte Paillade admirablement comptés par So Foot , mérite chaque année de faire rêver au-delà de son stade vétuste et de son meilleur supporter @TertuliaSC, jamais aussi prolixe en ligne que quand sa ville continue à faire mal dans plusieurs sports de haut niveau…
Classement final : 6 et 7, on les laisse choisir.



Ventre mou (et distendu), et places assises

Dans la galerie des clubs qui auront plus de vacances que les autres, on peut encore glisser Bordeaux, parce qu’on se relève pas comme ça d’une saison aussi cauchemardesque, surtout sans Alou et si LeBron Modeste ne desserre pas les dents lorsqu’il frappe au but, Sochaux parce que Gillot est justement parti faire la pluie et le beau temps (joke inside) dans la ville au pull sur les épaules, emmenant Maurice-Belay dans son sillage, annonciateur d’un futur dépecage en règle (Martin, Boudebouz) « à la Lorientaise », Lorient justement parce que même si ça tripote au Parc du Moustoir, sans Amalfitano, Gameiro, Morel tu pisses pas loin, on peut ajouter Brest, Nancy, Caen, Auxerre ou encore Saint-Etienne, où le recrutement du sosie de Nathan Franchi dans les cages risque de semer un joli bordel entre dirigeants, ex-titulaire qui tweete, et supporters…

Et pour la charrette finale, ne m’en voulez pas, je pense que les plaisanteries de Valenciennes et Toulouse vont bien s’arrêter un jour (désolé @AlexandrePedro) accompagnés de Dijon parce qu’on s’en fout, et parce qu’il faudra bien laisser au moins une place à la remontée de Bastia l’an prochain, emmené par un culte Rothen qui n’avait pas joué depuis plusieurs mois mais a quand même fini premier aux tests physiques parmi ses petits camarades…

vendredi 25 mars 2011

Sur ordonnance



Salut aux fidèles et à l'afflux de nouveaux que j'espère déjà colossal, aujourd'hui pour satisfaire les sens et shaker les boodies printemps style, je cède à nouveau à la flemme égotique et ludique du TOP TEN. Après, dans l'ordre, les films fantastiques of all time, les morceaux de rap, les productions DJ Premier et les albums de rap, voici frais comme un morceau de kiwi mon top ten Doctor Dre, en ces temps d'hommage à Nate Dogg et d'attente de Detox.

Parenthèse introductive, un tel classement nécessite forcément des choix et des tris déchirants, ainsi sur certains albums cultes comme Doggystyle, les deux Chronic etc je ne retiens qu'une piste sur dix possibles...

10. "Put it on me" featuring DJ Quik (2001)

Extrait de Training Day OST, toujours vif dix ans plus tard, et du pur Doctor : vulgos, dansant, catchy, avec les traditionnels choix entêtants de gros claviers qui martèlent la basse. Minimaliste sur les notes, atomique dans les oreilles et orteils, parfait en voiture. Biatch.



9. "We made you" (Eminem, 2009)

Ce machin devait marquer le retour en grâce du kid de Detroit, réussi financièrement sans aucun doute, mais très moyennement niveau musique. Ancien grand fan, y compris du double projet The Eminem Show/Encore, je ne mords plus du tout aujourd'hui ses morceaux où il braille dans le vide, sans qu'on ait plus rien à foutre de ses lyrics autrefois salués. Reste que ce morceau, tube estival vite oublié et mineur, s'articule autour d'un fantastique instru 3 temps avec cuivres qu'on croirait presque inspiré des prods Ronson...



8. "Straight Outta Compton" (NWA, 1988)

Je choisis cette unique morceau parmi les plus connus de la vague Eazy-E/Niggers with attitude/The D.O.C. qui a enflammé L.A. et les charts à la fin des années 80. Parmi d'autres tubes comme Eazy duz it, Fuck Tha Police, Gangsta Gangsta et Express Yourself, fondateurs de la légende du producteur Dre avec le World Class Wreckin' Cru.



7. "Tha Shiznit" (Snoop Dogg, 1993)

Comme dit plus haut, difficile de choisir parmi les nombreuses pépites de l'album, avec Ain't no fun ou l'imparable tube What's my name...mais cette piste, numéro 5 et introduite par le gimmick rigolo "everybody got to here the shit on W-Balls", la radio fictive des albums G-funk. Entre la production, le charisme de Snoop, les trois couplets, le refrain choral, ce morceau est parfait. Et la légende veut que le Dogg l'ait enregistré en une seule prise...



6. "Family Affair" (Mary J.Blige, 2001)

Relancé après une petite traversée du désert par son carton Chronic 2001, Dr Dre redevient au début des années 2000 un producteur en vogue, pour des morceaux très intelligemment réalisés, où l'on retrouve à la fois sa patte et tous les ingrédients d'un tube en puissance, comme pour "Let me blow your mind" de Eve et Gwen Stefani. Retour en grâce ici pour Mary J. elle-même, qui déboite les charts avec son album No More Drama, et cette jolie production irrésistible, saccadée, ponctuée de quelques violons...



5. "Shit hits the fan" (Obie Trice, 2003)

Faut faire des choix comme je disais. Je zappe tous les tubes (et ils sont nombreux) que Dre a produit pour les deux premiers albums géniaux de Eminem, les Bitch Please II, My name is, Kill You, pour mettre ici à l'honneur ce track passé presque inaperçu, sur l'album du pote d'Eminem alors tout content que le combo Shady/Aftermath fasse à l'époque la pluie et le beau temps sur les billboards ricains. Album potache et assez vite oublié, mais ce morceau est absolument sublime dans sa conception. Le couplet revanchard et percutant de Dre (lisez les lyrics !), Obie Trice qui met une cartouche fatale à Ja Rule dans la dernière partie parlée, et SURTOUT ce beat un peu arabisant, violent, ravageur. Un must.



4. "Break your neck" (Busta Rhymes, 2001)

Ce tube formidable de Busta n'a pas vraiment pris de ride depuis le temps, un peu électronique, très club dans l'esprit, il met à la fois en valeur la production modernisée d'un Dre au sommet de son art (aidé ici par un certain Scott Storch), et les fabuleuses performances vocales du rappeur, lui aussi à son meilleur avant des albums suivants plus moyens. Dans le même esprit tubesque, remarquez, j'aurai pu mettre l'archi-entendu California Love de 2pac.



3. "In da club" (50 cent, 2003)

Un tube parfait de plus. Aujourd'hui encore, si longtemps après, les premières notes frappent comme une déflagration. Félin, tordu, fatal, ce morceau fonctionne d'autant mieux que le flow marshmallow faussement détaché de "fiddy" relève à merveille l'ensemble. "blaring horns, funky organs, guitar riffs and sparse hand claps" dit alors The Source...La chanson qui aura permis à Dre de lancer un nouveau phénomène musical, et de se faire encore un max de blé (plus d'un million de singles vendus aux States, et 15 millions dans le monde pour l'album. Mérité pour le coup. Quand on pense que D12 a refusé le beat...



2. "Still D.R.E." (1999)

On pourrait aisément glisser ici (presque) tout l'album Chronic 2001, mais ce tube résume à lui seul le chef d'oeuvre indépassable (?) sorti par le Doc. Violoncelle, quelques notes de piano (Scott Storch encore) puis caisse claire, une boucle supplémentaire reprise à la BO de Scarface, Snoop sur le refrain, des radasses à gros seins et des bagnoles dans le clip, roule ma poule. Une merveille.



1. "Nuthin' but a g thang" (1992)

C'est mon deuxième album favori de l'histoire, mon morceau préféré, donc difficile de ne pas le retrouver là. Symbole et déclencheur de la vague G-funk à venir, parfaitement produit bien sûr autour du "I wanna do something fraky to you " de Leon Haywood, même le clip est culte puisqu'il nous introduits deux phénomènes alors jeunots, Dre et Snoop, avant qu'ils ne dominent complètement le monde. Aujourd'hui encore, difficile de résister à ces "like that, this and that and uh"


mardi 22 mars 2011

The bosses


Ah on se sent revigoré, fort et indestructible quand on sort de là. Premier constat assez puéril mais si vrai, premier film vu depuis longtemps qui laisse une si bonne impression. Bon en même temps la dernière série s’est faite à base de Buried, Paul, Black Swan, True Grit, ce qui est bien mais pas top comme disait l’autre.

Fighter est avant tout un film malin, un peu à l’image de son maître d’œuvre David O.Russel à qui on devait donc le pouet-pouet et sympathique Rois du désert, déjà avec Marky Mark, ou encore un machin concept chelou I heart huckerbees, avec Isabelle Huppert, Naomi Watts, Jason Schwartzmann et Laurent Romejko, assez foireux malgré les forces en présence. Pour son nouveau film, le fils caché de David O.Selznick et Kurt Russel oscille entre le blockbuster, le film d’auteur pas non plus super risqué, l’indé crado et le brillant ESPN, avec comédiens un peu Sundance (Amy Adams, Melissa Léo) une star (Wahlberg) et un génie en reconquête (Bale), sans oublier la désormais traditionnelle flopée de seconds rôles, « gueules » idéales et crédibles…

Le principal atout de Russel (ou O’Russel enfin bref vous avez compris) est de partir d’un canevas et de thèmes hyper rebattus : l’origine, la famille, la jalousie, la compétition, la prédestination sociale, etc etc à l’intérieur desquels on retrouve le format classique du film de boxe : espoir, doute, et consécration (et spoiler donc au passage), sauf que sans forcément renouveler (grand mot) la chose il parvient à faire un truc suffisamment tendu et maîtrisé pour qu’on morde comme des gogos. ET (attention parce que d’habitude citer une référence est souvent preuve d’une pauvreté journalistique évidente) moi en tous cas j’ai beaucoup pensé à Scorsese, pour plusieurs détails.

D’abord le côté prolétaire, débrouille, bagarre dans les bars qui renvoie à des machins comme Mean Streets et qui aujourd’hui nous fait saigner le cœur que le grand Marty ne fasse plus qu’adapter plutôt que créer, avec d’ailleurs plus de réussite lorsqu’il « refait » (Shutter Island, Les Infiltrés) qu’avec des longs machins super indigestes et sans âme à la Gangs ou Aviator…En bref, parfois on aimerait bien avant que l’au-delà ne lui fasse vraiment signe que Scorsese refasse des films sur des losers qui mangent leurs crottes de nez, un peu (toutes proportions gardées hein) comme pouvait le faire Harsh Times

Sur certains autres petits plaisirs, on pense encore au grand maître, dans les yeux évidemment irradiés de Christian Bale, le montage entre la poursuite de Dicky de nuit et la caméra qui tourne autour de la tablée dans le bar avant les flics, la scène superbe de dialogue entre Bale et Adams avant le dernier combat, ou encore ce passage hautement réaliste ou Micky et son frère chantent en marmonnant, en avançant vers le ring de l’ultime combat. Sans oublier les coupes de cheveux grasses et immondes des nombreuses sœurs des héros, qui rappellent le couplet de Lorraine Bracco dans les Affranchis sur la vulgarité fardée des femmes de voyous.

On se résume : maîtrise, intensité, classicisme mais quelques artifices (comme le grain d’image télé sur les scènes de combat), codes établis (narration, film de boxe donc « Rocky montages » avec du pop-rock de partout), reste le jeu des acteurs, et la création d’une ambiance. Ce point est sans doute le mieux réussi par Russel, une banlieue anonyme et ennuyée de Boston en 1993, la vedette locale, le prolétariat, les conversations basiques, les coups de poings qui fusent, les maisons ternes où on fume et jure comme des pompiers, de quoi représenter une classe pseudo-ouvrière bien plus crédible en tous cas que chez Ben Affleck ou Klapisch. Ce qui magnifie d’autant plus le questionnement rester/partir, avec eux ou contre tous du fameux héros local. Sans oublier la gravitation autour d’une source à célébrité (et argent) qui peut rappeler les volte-face de la Nation of Islam dans le sous-estimé Ali de Michael Mann autour du champion.

Concernant enfin le casting, comme souvent assez solide à ce niveau de budget et de machine à oscars, on a du très bon avec Amy Adams et surtout Mélissa Léo, qui de Frozen River à Treme continue de nous faire vibrer, du pas mal sans plus côté Wahlberg qui ne sera sans doute jamais un grand acteur, mais fait le taf en colosse un peu immature et neurasthénique, tout en Actors Studio « rentré », contraste évident et perle scénaristique (d’après faits réels toutefois) avec son frangin. Christian Bale, qui après avoir gagné du muscle pour American Psycho, perdu du poids pour The Machinist, regagné des biceps pour Batman Begins, a donc ici reperdu du poids jusqu’autour des yeux pour camper jusqu’à l’excès cette grande gueule cassée et camée qu’est Dick Eklund.

Alors bien sûr son choix de jeu très « Pacinien » en harangues et roulages d’yeux peut parfois donner l’impression de trop en faire, mais premièrement s’il fallait lui reprocher que n’aurions-nous dit (comme dirait l’autre, un autre) du bon Jeff Bridges dans True Grit qui malgré l’amour qu’on lui porte cabotine presque plus que Kramer dans Seinfeld. Mais surtout, en tant que fan perso de Bale, le retrouver à ce niveau d’incandescence après une série de performances robotiques et flagada (Dark Knight, Public Enemies, Terminator Salvation) vaut à soi seul le prix du billet…

mardi 22 février 2011

Ba moin en Timbo


Salut les kids et les autres, laisser ce blog en état de mort avancée depuis plusieurs mois avait beau me faire comme un FUSSOIR, je me justifierai à nouveau même si vous vous en foutez par l'absence de temps libre face au travail, aux enfants, à Twitter et tout ça. Donc je reviens, et je reviens pour vous parler de mon ami Timbaland.Qui ne me connait d'ailleurs pas.

Pourquoi lui, pourquoi maintenant ? Déjà parce que je pense, comme Yohann Gourcuff ou Enrico Macias, que le meilleur de sa carrière est déjà derrière lui, une question de "momentum", de grâce, de créativité tout ça. Et pourquoi lui parce que je considère cet énergumène à part des autres surdoués de la produccion IPOP, les Dre les Pharrell les RZA et autres Sermon ou MF Doom, comme un véritable Phil Spector moderne, voilà pour la "catchup phrase" un peu Inrocks dans l'idée. Mais un Spector sans perruque, flingues et portes du manoir fermées aux invités qui s'ennuient.

Timothy Zachary Mosley est né en 1972 à Norfolk en Virginie, l'année (coincidence ?) où sortiront Exile on Main St des Stones, et le combo de ouf Talking Book-Music of my mind de Stevie Wonder...Il commence comme DJ, il va au lycée avec les futurs Clipse, et il tripote sur son clavier Casio jusqu'à ses vrais débuts en 96 avec ceci :



Un tube sexuel et un brin sirupeux, mais la production tabasse déjà tout, avec ce "yeah" trituré dans tous les sens, annonciateur d'un baroquisme dévastateur. Et ça s'empile rapido pour le bonhomme, d'abord en duo avec son compère Magoo et aussi aux manettes du premier album Supa Dupa Fly de sa pote Missy Elliott...Mais son premier chef d'oeuvre viendra en 2001, avec l'album I care for U de la splendide Aaliyah. Deux bijous, certainement dans le top 20 r'n'b de tous les temps, appelés We need a resolution et More than a woman...





Sur le premier, la variété d'ambiances, les saccades, la profusion de sonorités, la compression et le jeu avec les lyrics, témoignent d'une créativité impressionnante, presque arty et décalée au regard des canons de l'époque. Plus "classique", More than a woman est un autre objet d'art, qui rappelle clairement le Spector de "Then he kissed me", cet instru bigarré, surpuissant, presque saturé, orgiaque et orchestral presque hors sujet pour une chanson d'amour. Un bonheur total qui n'a presque pas vieilli aujourd'hui.



L'autre pépite de la carrière passionnante et lucrative de Timbaland vient de son duo avec la géniale et gouaillarde Missy Elliott, pour son retour aux affaires avec deux albums dépouillés, volontairement old school, "Under construction" et "This is not a test" en 2002 puis 2003. Là encore, deux chefs d'oeuvre absolus, aux sonorités africanisantes, presque sombres, minimalistes, et tordues. Une vraie réussite dont les meilleurs extraits suivent...







Depuis cette époque, Timbaland est devenu incontournable, comme Pharrell après 2002 ou Ronson plus récemment, pour fatalement un éparpillement qui confine d'avantage à la variété commerciale moins passionnante. Mais il fait encore quelques perles de temps en temps, comme sur ses deux albums Shock Value. La magie est sans doute passée...