vendredi 25 mars 2011

Sur ordonnance



Salut aux fidèles et à l'afflux de nouveaux que j'espère déjà colossal, aujourd'hui pour satisfaire les sens et shaker les boodies printemps style, je cède à nouveau à la flemme égotique et ludique du TOP TEN. Après, dans l'ordre, les films fantastiques of all time, les morceaux de rap, les productions DJ Premier et les albums de rap, voici frais comme un morceau de kiwi mon top ten Doctor Dre, en ces temps d'hommage à Nate Dogg et d'attente de Detox.

Parenthèse introductive, un tel classement nécessite forcément des choix et des tris déchirants, ainsi sur certains albums cultes comme Doggystyle, les deux Chronic etc je ne retiens qu'une piste sur dix possibles...

10. "Put it on me" featuring DJ Quik (2001)

Extrait de Training Day OST, toujours vif dix ans plus tard, et du pur Doctor : vulgos, dansant, catchy, avec les traditionnels choix entêtants de gros claviers qui martèlent la basse. Minimaliste sur les notes, atomique dans les oreilles et orteils, parfait en voiture. Biatch.



9. "We made you" (Eminem, 2009)

Ce machin devait marquer le retour en grâce du kid de Detroit, réussi financièrement sans aucun doute, mais très moyennement niveau musique. Ancien grand fan, y compris du double projet The Eminem Show/Encore, je ne mords plus du tout aujourd'hui ses morceaux où il braille dans le vide, sans qu'on ait plus rien à foutre de ses lyrics autrefois salués. Reste que ce morceau, tube estival vite oublié et mineur, s'articule autour d'un fantastique instru 3 temps avec cuivres qu'on croirait presque inspiré des prods Ronson...



8. "Straight Outta Compton" (NWA, 1988)

Je choisis cette unique morceau parmi les plus connus de la vague Eazy-E/Niggers with attitude/The D.O.C. qui a enflammé L.A. et les charts à la fin des années 80. Parmi d'autres tubes comme Eazy duz it, Fuck Tha Police, Gangsta Gangsta et Express Yourself, fondateurs de la légende du producteur Dre avec le World Class Wreckin' Cru.



7. "Tha Shiznit" (Snoop Dogg, 1993)

Comme dit plus haut, difficile de choisir parmi les nombreuses pépites de l'album, avec Ain't no fun ou l'imparable tube What's my name...mais cette piste, numéro 5 et introduite par le gimmick rigolo "everybody got to here the shit on W-Balls", la radio fictive des albums G-funk. Entre la production, le charisme de Snoop, les trois couplets, le refrain choral, ce morceau est parfait. Et la légende veut que le Dogg l'ait enregistré en une seule prise...



6. "Family Affair" (Mary J.Blige, 2001)

Relancé après une petite traversée du désert par son carton Chronic 2001, Dr Dre redevient au début des années 2000 un producteur en vogue, pour des morceaux très intelligemment réalisés, où l'on retrouve à la fois sa patte et tous les ingrédients d'un tube en puissance, comme pour "Let me blow your mind" de Eve et Gwen Stefani. Retour en grâce ici pour Mary J. elle-même, qui déboite les charts avec son album No More Drama, et cette jolie production irrésistible, saccadée, ponctuée de quelques violons...



5. "Shit hits the fan" (Obie Trice, 2003)

Faut faire des choix comme je disais. Je zappe tous les tubes (et ils sont nombreux) que Dre a produit pour les deux premiers albums géniaux de Eminem, les Bitch Please II, My name is, Kill You, pour mettre ici à l'honneur ce track passé presque inaperçu, sur l'album du pote d'Eminem alors tout content que le combo Shady/Aftermath fasse à l'époque la pluie et le beau temps sur les billboards ricains. Album potache et assez vite oublié, mais ce morceau est absolument sublime dans sa conception. Le couplet revanchard et percutant de Dre (lisez les lyrics !), Obie Trice qui met une cartouche fatale à Ja Rule dans la dernière partie parlée, et SURTOUT ce beat un peu arabisant, violent, ravageur. Un must.



4. "Break your neck" (Busta Rhymes, 2001)

Ce tube formidable de Busta n'a pas vraiment pris de ride depuis le temps, un peu électronique, très club dans l'esprit, il met à la fois en valeur la production modernisée d'un Dre au sommet de son art (aidé ici par un certain Scott Storch), et les fabuleuses performances vocales du rappeur, lui aussi à son meilleur avant des albums suivants plus moyens. Dans le même esprit tubesque, remarquez, j'aurai pu mettre l'archi-entendu California Love de 2pac.



3. "In da club" (50 cent, 2003)

Un tube parfait de plus. Aujourd'hui encore, si longtemps après, les premières notes frappent comme une déflagration. Félin, tordu, fatal, ce morceau fonctionne d'autant mieux que le flow marshmallow faussement détaché de "fiddy" relève à merveille l'ensemble. "blaring horns, funky organs, guitar riffs and sparse hand claps" dit alors The Source...La chanson qui aura permis à Dre de lancer un nouveau phénomène musical, et de se faire encore un max de blé (plus d'un million de singles vendus aux States, et 15 millions dans le monde pour l'album. Mérité pour le coup. Quand on pense que D12 a refusé le beat...



2. "Still D.R.E." (1999)

On pourrait aisément glisser ici (presque) tout l'album Chronic 2001, mais ce tube résume à lui seul le chef d'oeuvre indépassable (?) sorti par le Doc. Violoncelle, quelques notes de piano (Scott Storch encore) puis caisse claire, une boucle supplémentaire reprise à la BO de Scarface, Snoop sur le refrain, des radasses à gros seins et des bagnoles dans le clip, roule ma poule. Une merveille.



1. "Nuthin' but a g thang" (1992)

C'est mon deuxième album favori de l'histoire, mon morceau préféré, donc difficile de ne pas le retrouver là. Symbole et déclencheur de la vague G-funk à venir, parfaitement produit bien sûr autour du "I wanna do something fraky to you " de Leon Haywood, même le clip est culte puisqu'il nous introduits deux phénomènes alors jeunots, Dre et Snoop, avant qu'ils ne dominent complètement le monde. Aujourd'hui encore, difficile de résister à ces "like that, this and that and uh"


mardi 22 mars 2011

The bosses


Ah on se sent revigoré, fort et indestructible quand on sort de là. Premier constat assez puéril mais si vrai, premier film vu depuis longtemps qui laisse une si bonne impression. Bon en même temps la dernière série s’est faite à base de Buried, Paul, Black Swan, True Grit, ce qui est bien mais pas top comme disait l’autre.

Fighter est avant tout un film malin, un peu à l’image de son maître d’œuvre David O.Russel à qui on devait donc le pouet-pouet et sympathique Rois du désert, déjà avec Marky Mark, ou encore un machin concept chelou I heart huckerbees, avec Isabelle Huppert, Naomi Watts, Jason Schwartzmann et Laurent Romejko, assez foireux malgré les forces en présence. Pour son nouveau film, le fils caché de David O.Selznick et Kurt Russel oscille entre le blockbuster, le film d’auteur pas non plus super risqué, l’indé crado et le brillant ESPN, avec comédiens un peu Sundance (Amy Adams, Melissa Léo) une star (Wahlberg) et un génie en reconquête (Bale), sans oublier la désormais traditionnelle flopée de seconds rôles, « gueules » idéales et crédibles…

Le principal atout de Russel (ou O’Russel enfin bref vous avez compris) est de partir d’un canevas et de thèmes hyper rebattus : l’origine, la famille, la jalousie, la compétition, la prédestination sociale, etc etc à l’intérieur desquels on retrouve le format classique du film de boxe : espoir, doute, et consécration (et spoiler donc au passage), sauf que sans forcément renouveler (grand mot) la chose il parvient à faire un truc suffisamment tendu et maîtrisé pour qu’on morde comme des gogos. ET (attention parce que d’habitude citer une référence est souvent preuve d’une pauvreté journalistique évidente) moi en tous cas j’ai beaucoup pensé à Scorsese, pour plusieurs détails.

D’abord le côté prolétaire, débrouille, bagarre dans les bars qui renvoie à des machins comme Mean Streets et qui aujourd’hui nous fait saigner le cœur que le grand Marty ne fasse plus qu’adapter plutôt que créer, avec d’ailleurs plus de réussite lorsqu’il « refait » (Shutter Island, Les Infiltrés) qu’avec des longs machins super indigestes et sans âme à la Gangs ou Aviator…En bref, parfois on aimerait bien avant que l’au-delà ne lui fasse vraiment signe que Scorsese refasse des films sur des losers qui mangent leurs crottes de nez, un peu (toutes proportions gardées hein) comme pouvait le faire Harsh Times

Sur certains autres petits plaisirs, on pense encore au grand maître, dans les yeux évidemment irradiés de Christian Bale, le montage entre la poursuite de Dicky de nuit et la caméra qui tourne autour de la tablée dans le bar avant les flics, la scène superbe de dialogue entre Bale et Adams avant le dernier combat, ou encore ce passage hautement réaliste ou Micky et son frère chantent en marmonnant, en avançant vers le ring de l’ultime combat. Sans oublier les coupes de cheveux grasses et immondes des nombreuses sœurs des héros, qui rappellent le couplet de Lorraine Bracco dans les Affranchis sur la vulgarité fardée des femmes de voyous.

On se résume : maîtrise, intensité, classicisme mais quelques artifices (comme le grain d’image télé sur les scènes de combat), codes établis (narration, film de boxe donc « Rocky montages » avec du pop-rock de partout), reste le jeu des acteurs, et la création d’une ambiance. Ce point est sans doute le mieux réussi par Russel, une banlieue anonyme et ennuyée de Boston en 1993, la vedette locale, le prolétariat, les conversations basiques, les coups de poings qui fusent, les maisons ternes où on fume et jure comme des pompiers, de quoi représenter une classe pseudo-ouvrière bien plus crédible en tous cas que chez Ben Affleck ou Klapisch. Ce qui magnifie d’autant plus le questionnement rester/partir, avec eux ou contre tous du fameux héros local. Sans oublier la gravitation autour d’une source à célébrité (et argent) qui peut rappeler les volte-face de la Nation of Islam dans le sous-estimé Ali de Michael Mann autour du champion.

Concernant enfin le casting, comme souvent assez solide à ce niveau de budget et de machine à oscars, on a du très bon avec Amy Adams et surtout Mélissa Léo, qui de Frozen River à Treme continue de nous faire vibrer, du pas mal sans plus côté Wahlberg qui ne sera sans doute jamais un grand acteur, mais fait le taf en colosse un peu immature et neurasthénique, tout en Actors Studio « rentré », contraste évident et perle scénaristique (d’après faits réels toutefois) avec son frangin. Christian Bale, qui après avoir gagné du muscle pour American Psycho, perdu du poids pour The Machinist, regagné des biceps pour Batman Begins, a donc ici reperdu du poids jusqu’autour des yeux pour camper jusqu’à l’excès cette grande gueule cassée et camée qu’est Dick Eklund.

Alors bien sûr son choix de jeu très « Pacinien » en harangues et roulages d’yeux peut parfois donner l’impression de trop en faire, mais premièrement s’il fallait lui reprocher que n’aurions-nous dit (comme dirait l’autre, un autre) du bon Jeff Bridges dans True Grit qui malgré l’amour qu’on lui porte cabotine presque plus que Kramer dans Seinfeld. Mais surtout, en tant que fan perso de Bale, le retrouver à ce niveau d’incandescence après une série de performances robotiques et flagada (Dark Knight, Public Enemies, Terminator Salvation) vaut à soi seul le prix du billet…