mardi 22 mars 2011

The bosses


Ah on se sent revigoré, fort et indestructible quand on sort de là. Premier constat assez puéril mais si vrai, premier film vu depuis longtemps qui laisse une si bonne impression. Bon en même temps la dernière série s’est faite à base de Buried, Paul, Black Swan, True Grit, ce qui est bien mais pas top comme disait l’autre.

Fighter est avant tout un film malin, un peu à l’image de son maître d’œuvre David O.Russel à qui on devait donc le pouet-pouet et sympathique Rois du désert, déjà avec Marky Mark, ou encore un machin concept chelou I heart huckerbees, avec Isabelle Huppert, Naomi Watts, Jason Schwartzmann et Laurent Romejko, assez foireux malgré les forces en présence. Pour son nouveau film, le fils caché de David O.Selznick et Kurt Russel oscille entre le blockbuster, le film d’auteur pas non plus super risqué, l’indé crado et le brillant ESPN, avec comédiens un peu Sundance (Amy Adams, Melissa Léo) une star (Wahlberg) et un génie en reconquête (Bale), sans oublier la désormais traditionnelle flopée de seconds rôles, « gueules » idéales et crédibles…

Le principal atout de Russel (ou O’Russel enfin bref vous avez compris) est de partir d’un canevas et de thèmes hyper rebattus : l’origine, la famille, la jalousie, la compétition, la prédestination sociale, etc etc à l’intérieur desquels on retrouve le format classique du film de boxe : espoir, doute, et consécration (et spoiler donc au passage), sauf que sans forcément renouveler (grand mot) la chose il parvient à faire un truc suffisamment tendu et maîtrisé pour qu’on morde comme des gogos. ET (attention parce que d’habitude citer une référence est souvent preuve d’une pauvreté journalistique évidente) moi en tous cas j’ai beaucoup pensé à Scorsese, pour plusieurs détails.

D’abord le côté prolétaire, débrouille, bagarre dans les bars qui renvoie à des machins comme Mean Streets et qui aujourd’hui nous fait saigner le cœur que le grand Marty ne fasse plus qu’adapter plutôt que créer, avec d’ailleurs plus de réussite lorsqu’il « refait » (Shutter Island, Les Infiltrés) qu’avec des longs machins super indigestes et sans âme à la Gangs ou Aviator…En bref, parfois on aimerait bien avant que l’au-delà ne lui fasse vraiment signe que Scorsese refasse des films sur des losers qui mangent leurs crottes de nez, un peu (toutes proportions gardées hein) comme pouvait le faire Harsh Times

Sur certains autres petits plaisirs, on pense encore au grand maître, dans les yeux évidemment irradiés de Christian Bale, le montage entre la poursuite de Dicky de nuit et la caméra qui tourne autour de la tablée dans le bar avant les flics, la scène superbe de dialogue entre Bale et Adams avant le dernier combat, ou encore ce passage hautement réaliste ou Micky et son frère chantent en marmonnant, en avançant vers le ring de l’ultime combat. Sans oublier les coupes de cheveux grasses et immondes des nombreuses sœurs des héros, qui rappellent le couplet de Lorraine Bracco dans les Affranchis sur la vulgarité fardée des femmes de voyous.

On se résume : maîtrise, intensité, classicisme mais quelques artifices (comme le grain d’image télé sur les scènes de combat), codes établis (narration, film de boxe donc « Rocky montages » avec du pop-rock de partout), reste le jeu des acteurs, et la création d’une ambiance. Ce point est sans doute le mieux réussi par Russel, une banlieue anonyme et ennuyée de Boston en 1993, la vedette locale, le prolétariat, les conversations basiques, les coups de poings qui fusent, les maisons ternes où on fume et jure comme des pompiers, de quoi représenter une classe pseudo-ouvrière bien plus crédible en tous cas que chez Ben Affleck ou Klapisch. Ce qui magnifie d’autant plus le questionnement rester/partir, avec eux ou contre tous du fameux héros local. Sans oublier la gravitation autour d’une source à célébrité (et argent) qui peut rappeler les volte-face de la Nation of Islam dans le sous-estimé Ali de Michael Mann autour du champion.

Concernant enfin le casting, comme souvent assez solide à ce niveau de budget et de machine à oscars, on a du très bon avec Amy Adams et surtout Mélissa Léo, qui de Frozen River à Treme continue de nous faire vibrer, du pas mal sans plus côté Wahlberg qui ne sera sans doute jamais un grand acteur, mais fait le taf en colosse un peu immature et neurasthénique, tout en Actors Studio « rentré », contraste évident et perle scénaristique (d’après faits réels toutefois) avec son frangin. Christian Bale, qui après avoir gagné du muscle pour American Psycho, perdu du poids pour The Machinist, regagné des biceps pour Batman Begins, a donc ici reperdu du poids jusqu’autour des yeux pour camper jusqu’à l’excès cette grande gueule cassée et camée qu’est Dick Eklund.

Alors bien sûr son choix de jeu très « Pacinien » en harangues et roulages d’yeux peut parfois donner l’impression de trop en faire, mais premièrement s’il fallait lui reprocher que n’aurions-nous dit (comme dirait l’autre, un autre) du bon Jeff Bridges dans True Grit qui malgré l’amour qu’on lui porte cabotine presque plus que Kramer dans Seinfeld. Mais surtout, en tant que fan perso de Bale, le retrouver à ce niveau d’incandescence après une série de performances robotiques et flagada (Dark Knight, Public Enemies, Terminator Salvation) vaut à soi seul le prix du billet…

4 commentaires:

  1. Je te rejoins sur à peu près tout sauf sur Wahlberg. Certes, Marky Mark n'est pas l'acteur le plus expressif du monde, mais quand il est bien dirigé, il fait son taff. Sa palette de jeu n'est pas des plus variées (oh oh, on tient un euphémisme par ici), pourtant, il parvient malgré tout à être convaincant et même touchant dans ce rôle de low life qui n'ose pas s'affirmer et vivre pour lui que tout le monde exploite.
    Le reste du casting est bien évidemment mortel, mais je trouve qu'on a un peu vite oublié Walhberg, peut-être parce qu'il "joue" et ne "performe" pas, contrairement à Bale et Melissa Leo, tous deux impressionnants il est vrai.

    Mais comme je te l'ai dit, je te suis totalement pour le reste. Un film classique, mais très bon.

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  2. Moi je suis allé le voir sur la foi d'un tweet... Et j'ai pas été déçu ! Sauf en ce qui concerne la b.o., bien trop prévisible. White trash rime donc forcément avec du vieux rock indé crasseux ? A-t-on besoin à ce point de guider le spectateur dans ce qu'il doit voir ? Exemple, le plan-séquence frénétique de la traversée du patelin où Mark sert toutes les pinces. Pourquoi avoir rajouté de la musique ? Mais pourquoi ? et pourquoi pas RIEN à la place, juste le son de la rue ? Aahhh comprends pas...

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  3. Un film foireux malgré Laurent Romejko ? Ca me parait quand même assez peu probable, il est toujours au top Laurent.

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